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L'apprentissage de la vie...2

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default L'apprentissage de la vie...2

Message  microbius2 le Mar 24 Aoû - 15:52


La malédiction de la diarrhée


                       Bon, comme je disais, la prise de conscience d’exister est le premier choc que subit un petit être humain. ( Mon psychiatre n’est pas d’accord? On s’en fout !) Reste que peu importe la façon dont tu débloques, tu te rends compte aussitôt que tu n’es pas tout seul. C’est le deuxième choc. Tu arrives dans une société toute faite. Il y a la famille, l’école, le village, la ville, le pays, le monde.  On te manipule, on te moule, on t’impose des comportements, des croyances, des valeurs  ( j’espère que vous prenez des notes, là) et tu t’aperçois vite que les entorses aux règles établies entraînent des conséquences. Ça s’appelle la pression sociale. Un geste malheureux et on te montre du doigt, on se moque…

Ici encore, afin de bien exposer mon étude sur le sujet, je me suis pris en exemple.

                        À l’Orphelinat, mon esprit se met à bouillir d’activité. Je pète des scores en classe. Des étoiles collées partout dans mon cahier. J’ai des tas d’amis dont je n’ai plus le moindre souvenir aujourd’hui. Mais je me rappelle des Aventures de Tarzan. Johnny Weismuller et Cheeta, ça vous dit quelque chose? On nous présentait un film à tous les dimanches à l’orphelinat, et sur un grand écran, s’il vous plaît…On prenait ça vraiment au sérieux. Pour mon dixième anniversaire, donc,  je suis de retour à la maison. On me comble de sourires, on m’étouffe d’accolades. Plus tard, on tuera la poule grasse ( on n’avait pas de veau gras ) pour le retour de l’enfant prodigue. On repart à zéro. Sans se le dire, on sait qu’on s’aime,  on sait qu’il manquait quelque chose. On est une famille à nouveau! Dans la soirée, assis sur les marches du perron, entouré d’un auditoire suspendu à mes lèvres, je leur raconterai les aventures de Tarzan. Morris, le petit dernier boit mes paroles, les yeux écarquillés, le visage illuminé. Il m’adorait, mon p’tit frère. Je le voyais dans ses yeux.  

                        À Noël,  je fus mandaté de choisir l’arbre de Noël et de le décorer. La tradition chez nous voulait que cet honneur revienne à un des membres de la famille.  L’élu, choisi au hasard,  pouvait composer son œuvre dans le secret absolu avec les quelques boules et guirlandes de l’an passé. Je choisis Morris comme assistant. Le jour du dévoilement, la famille s’attroupa dans le salon autour de l’arbre dissimulé sous un drap.  Aussitôt le voile levé, tous se regardèrent tour à tour, un peu assommés par l’originalité de mon travail. Marie, l’aînée, fut la première à briser la lourdeur du silence.
--- C’est pas supposé être un sapin ?
--- Oui, pis? Un bouleau…c’est beau, un bouleau.
--- Oui, mais y a rien que 4 branches secs
--- Ben, on m’avait pas beaucoup de boules…
                        Un murmure inquiétant grossissait dans la salle. La mutinerie risquait de prendre de l’ampleur. J’eus donc recours à l’ultime argument.
--- C’est Morris qui m’a aidé à le choisir.
                        Morris sentit mon embarras et commença à pleurnicher en se réfugiant  sous la jupe de ma mère.--- c’est beau un bouleau de Noël ---, protesta-t-il d’une voix misérable dont lui seul avait la technique.
---Un sapin, un bouleau, trancha ma mère, c’est Noël pareil. On ne va pas ruiner le Noël du p’tit pour un  détail.
                        La discussion était close. On ne refusait rien à Morris au risque d’encourir les foudres maternelles et d’être fiché sur la liste des délinquants à l’approche de Noël… Le petit diable me jeta un regard fripon avec un sourire tordu dissimulé sous ses larmes de crocodile. J’avais un complice et non le moindre.

                        Ce furent des années de bonheur, de pure allégresse. Les glissades en traîneau dans les collines, les tunnels sous la neige, les combats épiques dans des forts aux dimensions amplifiées par notre imagination. . Puis l’été, surtout.  Pieds nus, ivres de santé, on grimpait dans les arbres, on jouait aux cow-boys et aux indiens, à Tarzan,  jusqu’à ce que les maringouins nous escortent de force à la maison. D’autres fois on cherchait des trésors dans le dépotoir du village ou encore on attrapait des menés dans l’étang. Sans le savoir on condamnait à mort ces petites créatures que l’on gardait jalousement dans un bocal et que l’on gavait de miettes de pain, de mouches ou de gruau.
.  
Mais passe le temps ! À treize ans je rentrais au Collège.
                         Vous auriez dû me voir ! Grand, beau garçon, les travaux de la ferme m’avait sculpté des muscles d’acier. Je dégageais un ‘’je ne sais quoi ‘’de noblesse. Si je n’étais pas si humble, je dirais quelque chose de...séraphique.  Cet atout joua sans doute en ma faveur lorsqu’on  me proposa le rôle d’Othello dans le groupe de théâtre que j’avais rejoint et qui préparait un spectacle pour la fin de l’année scolaire. Je m’y impliquai corps et âme, persuadé d’avoir trouvé enfin ma vocation, ma mission sur cette terre.  Aussi, la pièce fut un succès retentissant. À la dernière représentation, je voltigeais déjà dans les hautes sphères de la rêverie, dégustant les retombées imaginaires de ma carrière internationale.  Je voyais  mon nom écrit en gros caractères sur toutes les affiches.. On s’arrachait les billets.  Je signais des contrats faramineux.  Une queue de 1 kilomètre de fans en pâmoison attendaient à la sortie du théâtre pour un simple autographe.

Bon. Je me lave les pieds et je vous reviens.

                        J’aurais pu faire un grand acteur, vous savez. Tout le monde le disait au Collège…avant la catastrophe.
Je ne portais qu’un caleçon sous ma toge blanche sinon la chaleur de la scène nous déshydratait en un rien de temps..  Ce dernier soir, ma performance dépasse toutes les attentes. Je m’investis à fond dans mon rôle malgré un rhume de cerveau  et une diarrhée qui me torture le ventre. La pièce tire à sa fin. Le traître Lago a fait son œuvre et Othello, persuadé de l’infidélité de son épouse se prépare à étouffer Desdémonde de ses propres mains. Un silence funéraire règne dans la salle au moment ou je m’apprête à enserrer le cou de ma traître épouse.  Et là, je suis tellement concentré, je suis tellement habité par mon personnage que j’oublie la foule, j’oublie mon rhume, j’oublie ma diarrhée. Et là… on entendit clairement une série de bruits incongrues  plus écœurants les uns que les autres.  Puis l’odeur nauséabonde  se répandit sur la scène comme une brume toxique mêlée à des vapeurs d’outre-tombe. Desdémone s’affaissa sur le lit dans un râle de dégoût. Mon visage, lui,  tourna au pourpre puis déclina tout le spectre des couleurs avant de se stabiliser sur une teinte verdâtre alors que mon arrière-train commençait à reproduire toute la gamme des ocres de Roussillon.
Pour l’éternité d’une seconde, je m’accrochai à l’illusion que le geste put passer inaperçu. Mais la foule qui s’esclaffa de rire mit un terme à mon délire. Quelqu’un a eu le réflexe de baisser les rideaux. Humilié jusqu’à l’os, je me suis isolé dans la salle de bain, laissant derrière moi une traînée visqueuse. J’y suis sorti seulement quand tout le monde fut parti.

                        Les critiques se sont bien amusés.. On a dit que la représentation avait été écourtée en raison d’une fuite dans le système d’égout. On a dit qu’Othello avait voulu empoisonner Hermione plutôt que de l’étouffer. On a dit…on a dit..
                        Je ne suis pas retourné à ce Collège. On m’a transféré dans un autre établissement. Je n’ai pas daigné répondre à mes ex-admirateurs qui ont eu la délicatesse de m’offrir un cadeau à ma fête  : des couches.  

Je dois vous quitter maintenant. Je suis tout à l’envers…  
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