Derniers sujets
» Trump et la Corée du Nord
Mer 5 Juil - 13:06 par microbius2

» Cauchemar de la page blanche
Sam 24 Juin - 15:42 par microbius2

» Macron et la politique extérieure
Sam 24 Juin - 9:07 par microbius2

» Intrication quantique
Dim 18 Juin - 21:46 par microbius2

» Vilain petit Qatar
Mer 7 Juin - 17:21 par microbius2

» P O E S I E
Dim 4 Juin - 17:18 par Léopold42

» Mourir pour mourir
Dim 4 Juin - 17:15 par Léopold42

» Souvenirs souvenirs
Dim 4 Juin - 17:11 par Léopold42

» C'est quoi un blog ?
Dim 4 Juin - 11:32 par Léopold42

Bibliothèque

Livres et auteurs

      (compilation)

 

http://i74.servimg.com/u/f74/13/73/35/49/th/chien210.gif 

en construction


L’apprentissage de la vie... 3

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

default L’apprentissage de la vie... 3

Message  microbius2 le Ven 3 Sep - 16:26

Le mauvais oeil

                                 Pardonnez de vous importuner une dernière fois. Quitter sur un tableau aussi peu reluisant ne me rend pas justice.  Franchement, il faut rendre à César ce qui est à César ! Oui monsieur, j’ai fini par me démerder dans la vie. Lorsqu’on est victime à répétition de circonstances fâcheuses, on développe forcément un côté fataliste, une nervosité qui tend à restreindre le potentiel d’un individu.  En vérité, à moins d’un retournement de situation, je risquais de m’enliser dans un  merdier psychotique épouvantable. Je devins persuadé que le mauvais œil m’avait à l’œil et qu’il attendait l’occasion de me tendre un piège pour m’humilier publiquement encore une fois. Mais un concours de circonstances allait changer le cours du destin.

                                La susdite malédiction prit fin au cours de l’été qui suivit la descente en vrille de ma carrière théâtrale. Nous vivions au fond d’un rang dans un village isolé du nord du Québec. Mes parents comptaient sur un modeste troupeau de bêtes pour nourrir la marmaille : 3 vaches , un taureau déviant, 7 poules et un cheval. L’équidé servait à tirer la charrette pour sortir du bois de chauffage ou ramasser les récoltes de foin. Toujours est-il qu’un veau du printemps  fut atteint d’une sévère diarrhée, si bien que ma mère, inquiète de sa survie, fit appel au vétérinaire pour sauver l’animal. Ce dernier expliqua en termes savants que la diarrhée était due à une inversion électrolytique des cellules intestinales et donna deux grosses pilules pour guérir le veau. Cependant, dit-il, fort probable qu’il est trop tard pour la pauvre bête. Et effectivement le veau succomba au cours de la nuit malgré qu’on lui ait propulsé une pilule dans la gorge à l’aide d’un instrument spécialisé, une sorte de petite carabine à pilules pour bestiaux. Rassemblés autour de la dépouille, les plus jeunes pleuraient. Mais moi, en regardant la pilule laissée sur une tablette dans l’étable, je fus carrément transporté dans un état second. Sous mes yeux étonnés, elle prit la forme d’un petit dieu Incas aux pouvoirs magiques capable de contrer l’influence du mauvais œil. Je fus bouleversé par la vision mais rassuré dans ma conviction qu’il me fallait avaler cette pilule. Après la mise en terre du veau, je me faufilai en douce dans l’étable. La pilule se trouvait au même endroit. Je soulevai la chose avec respect, l’apportai dans ma chambre et la posai délicatement sur une commode. Ensuite, je crus de mon intérêt de faire une brève cérémonie de gestes occultes et de composer des rimes pour une incantation de circonstance. Je me souviens seulement du début :

Dieu de la pilule,
Rotule et tarentule
Sitôt que je t’avale
Guéri-moi de mon mal…

Dieu de la pilule
Granule et mandibule…

                              Devinez quoi ! Au cours du mois qui suivit, mes maux de ventre se dissipèrent comme par magie. Et en guise de bonus, mon pénis allongea de deux centimètres au cours de la même période.

                             Sans le dire, ma mère commençait à me trouver étrange. Sur l’intervention du curé de la paroisse, je fus envoyé pour 2 semaines dans ce qui équivaut de nos jours à un camp de vacances pour jeunes. Franchement, le fameux campement faisait pitié : 3 cabines en délabre, une chiotte extérieure, pas d’eau chaude, pas d’électricité, et j’en passe… Le groupe se composait d’une trentaine de garçons de la région et de deux moniteurs. Une des cabines servait de cafétéria et les autres de dortoirs. On pouvait opter pour une tente si on préférait coucher dehors. Dès les premiers jours, je me suis lié d’amitié avec un garçon de mon âge du nom de Ricky. Nous passions beaucoup de temps ensemble. J’aimais son  air espiègle et la douzaine de taches de rousseur éparpillées autour de son nez. J’aimais le regarder, le voir bouger, le voir rire. Mais on aurait dit qu’en vieillissant, l’affection tournait de plus en plus autour du cul. Car je pensais beaucoup à son cul. Je nourrissais délibérément des intentions impures envers lui et ses longs regards assortis de sourires vicieux ne faisaient rien pour m’en décourager. Au début, Ricky couchait dans une cabine puis il a installé une tente à proximité de la mienne.

                            Mais ne sous-estimez jamais le mauvais œil. Il ne lâche pas sa proie sans une lutte féroce.  Si je baissais ma vigilance, il m’attendrait dans un détour et je subirais la fureur de sa vengeance. Je me tenais sur mes gardes surtout que j’avais beaucoup à perdre maintenant. Imaginez être humilié devant Ricky,.. Pourtant le mauvais œil allait bientôt frapper !
                   
                           Le jour avant notre départ, les moniteurs organisèrent une chasse aux trésors. Il s’agissait de suivre des indices pour découvrir des caches de friandises, de bébelles, de divers souvenirs du camp de vacances. Juste comme on décollait, il me prit une sérieuse envie.
--- On va t’attendre, lança un des moniteurs.
--- Non partez, je vais vous rejoindre, J’ suis pas un bébé, quand même.
                          Un malappris avait souillé le couvercle installé au-dessus du trou dans la plate-forme de la chiotte. Je renversai le couvercle par l’arrière, je montai sur la plate-forme et m’installai un pied de chaque côté du trou dans la position dite du ‘’p’tit bonhomme ‘’. Une fois ma besogne accomplie dans les règles de l’art, j’ai voulu me relever mais là, j’ai perdu l’équilibre et mes deux pieds ont glissé vers l’avant.  Ne me demandez pas comment j’ai fait mon compte mais je me suis retrouvé les fesses coincées dans le trou profondément, incapable de me dégager. J’ai passé une heure à tenter me m’en sortir. Rien n’y fit. À chaque tentative, le rebord rugueux du trou déchirait la peau de mes hanches. On aurait dit que le trou cherchait à m’aspirer comme une grosse crotte humide. ‘’Ç’est pas vrai, hurlai-je de colère et d’indignation,  il faut que je sorte de ce câlisse de trou-là.’’  J’ai pleuré aussi, des larmes de condamné, de guerrier épuisé. Finalement, je sombrai dans un état léthargique d’impuissance et de résignation, comme un rat qui se noie. Je m’imaginai mort. On m’avait exposé en public dans un salon funéraire, dans un cercueil vertical, comme ça, mort dans le trou de la chiotte. Les journalistes prenaient des photos. Seule ma mère pleurait.

                         On s’est aperçu de mon absence quand les garçons se sont regroupés après la chasse aux trésors. J’ai entendu des voix qui approchaient. J’ai sursauté et alors, à quelle force surnaturelle je dois ma rédemption, je l'ignore, mais je me sentis propulsé hors du trou comme un bouchon de liège d’une bouteille de champagne. Je pense que le mauvais œil a eu pitié de moi. On cognait à la porte de la chiotte.  J’ai eu le temps me m’essuyer correctement, de remettre mon short et d’ouvrir la porte d’un air décontracté .
--- T’as quand même pas passé tout ce temps-là dans la chiotte, aboya un des moniteurs.
--- Non, bien sûr, menti-je d’un ton hautement indigné.
--- On t’a cherché partout !
--- Je me suis reposé dans ma tente. C’est mon allergie au beurre d’arachide.
               Et je m’éloignai en direction du lac sans autre commentaire, ébranlé mais la tête haute, contournant le groupe de curieux attroupés comme des spectateurs désabusés devant l’entrée d’un théâtre. ‘’Il n’y aura pas de show aujourd’hui,’’ j’ai pensé dans ma tête. Ricky me rejoint en courant et posa sa main sur mon épaule..
--- Tu n’as pas d’allergie aux arachides. Je t’ai vu hier matin tu bouffais du beurre de peanuts à pleines cuillères. C’est quoi t’as fait, pour vrai?
--- Je le dirai seulement en présence de mon avocat.
--- Arrête de niaiser.
               Je couvris sa main de la mienne et je lui souris. Finies les cachotteries ! Finies les peurs et les hésitations. Rescapé de l’enfer, je bouillais de la rage de vivre. Je me fis des yeux tendres, une voix langoureuse.
--- Si tu viens dans ma tente ce soir, je te le dirai.
--- Mais si on nous pogne couchés ensemble.
--- Oui ! On couchera ensemble, si tu veux. Tu viendras?
                 
              Il est venu. Il ne portait qu’un caleçon. Il s’est allongé à côté de moi. Je me suis tourné vers lui.
--- Tu as l’air nerveux ! Tu as peur?
--- Oui un peu. Si on nous surprend…
--- J’ai un truc pour te détendre. Je vais faire des cercles autour de ton nombril avec un doigt. C’est un truc que j’ai appris des moines bouddhistes dans un de mes voyages au Tibet.
--- Tu me niaises, t’as jamais été au Tibet.
--- C’est pourtant vrai, ça ! Mais ça marche. Tu vois, tu souris.
--- C’est normal, ça chatouille.
               Je lui ai raconté. Il a ri de bon cœur. Et moi j’en rajoutais pour le voir rire encore, sa bouche grande ouverte, sa tête jetée en arrière, son ventre qui battait au rythme des éclats de sa voix. Il se passait quelque chose de magique, des ondes chaudes, un doux vertige, des frissons de tendresse. Tout avait commencé avec notre premier regard, il y a dix jours et maintenant chaque geste entrait dans l’ordre des choses, ma main qui glissait sur son ventre… entre ses jambes.
--- Je ne t’oublierai jamais, lui dis-je d’une voix solennelle.  
--- J’ va pas t’oublier moi non plus.
C’est là que je l’ai embrassé.

                                 …………………………………………………………………………………………..
avatar
microbius2
Admin

Messages : 976
Date d'inscription : 11/07/2009
Age : 69
Localisation : Québec

http://ecrire-pas-facile.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum