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L’apprentissage de la vie 5

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Message  microbius2 le Sam 2 Mai - 21:52

L’apprentissage de la vie 5


Nathan


Voilà donc à quoi rime l’apprentissage de ma vie : les succès et les revers de mes histoires de cul. Vous aimeriez connaître mes projets d’avenir, ce que je pense de Socrate ou de la matière noire ? Mais non. On s’en fout n’est-ce pas ? Le cul ! Le cul ! On naît par le cul et on vit pour le cul. Tout le reste ne sert qu’à planter le décor.

Le père d’olivier obtint un poste dans une autre ville et la famille déménagea à 300 km au sud. Je ne l’ai plus revu. Cependant, le contact avec Olivier et le bref idylle avec Ricky modifièrent durablement ma perception de la sexualité. L’usage du corps d’un autre à des fins de jouissances charnelles écrivait une suite logique au plaisir solitaire et engendrait une autre dépendance. Je cherchais déjà un remplaçant à Olivier. En vérité, le corps devenait tout aussi important que la personne elle-même. Je cherchais un remplaçant au corps d’Olivier.

Après les vacances d’été je suis retourné au Collège. J’avais alors 16 ans. Et comme d’habitude, pratiquement sans le sou ! Ce jour-là, je me promenais dans le corridor, la tête baissée, traînant mon regard sur le carrelage du plancher, en train de jongler aux moyens d’améliorer mon sort. J’étais à cent lieues d’imaginer que deux secondes plus tard, ma vie prendrait un tournant aussi imprévu qu’irréversible. C’est quand j’ai levé les yeux que tout a basculé. Parce que je l’ai vu ! Plus beau qu’un dieu, plus beau que les œuvres des grands peintres, plus beau que tout ! Par chance il ne me regardait pas, il avançait lentement dans le corridor en fouinant dans un bouquin. Je dis par chance, parce que je le fixais comme un chien qui reluque un gros os charnu. J’aurais eu l’air d’un bel idiot s’il m’avait vu à ce moment-là. Adieu première impression! S’il m’avait vu, il aurait tout de suite deviné que le petit Cupidon avec ses fesses à l’air venait de me planter toutes ses flèches en plein cœur; il aurait tout de suite deviné que j’étais un fifi, un homo!

Je l’avais échappé belle ! Dans un collège, les mentalités reflètent l’attitude de la société en général. On digère mal les différences. Passé l’étape angélique de l’enfance, le chemin devient de plus en plus périlleux pour qui s’écarte de la norme. Les ronces aiguisent leurs épines ; les langues aiguisent leurs pointes. On apprend à maîtriser l’art du mensonge, des demi-vérités, des faux-fuyants. C’est le prix à payer pour avoir la paix. Défier la masse serait suicidaire. David contre Goliath, très peu pour moi ! Je n’ai aucun projet de changer le monde; je laisse ce combat à d’autres plus braves que moi. J’agis dans l’ombre. Rien dans mon apparence ne trahit mon identité. J’ai un corps athlétique, une démarche masculine, j’excelle dans les sports. Il n’y a qu’une différence invisible entre eux et moi : moi, j’aime les garçons. Mais parfois les yeux peuvent nous trahir. Et là, ç’a passé bien près!

Le soir dans ma chambre j’étais encore plus malheureux. Ce visage de rêve s’ajoutait à toutes les autres choses que je ne pouvais pas avoir. Encore un rêve inaccessible, une déception de plus, une perte de plus. Une boule se formait dans ma gorge, dans ma poitrine. J’avais du mal à respirer. On ne parle pas ici d’un banal coup de foudre; on parle d’un coup de masse entre les deux yeux. J’étais assommé. Je ne pouvais plus chasser son visage de ma mémoire. Quel âge pouvait-il avoir? 14, 15 ans ? Je ne l’avais jamais vu au collège! Était-il un nouvel élève, un externe ? Je repassais et repassais dans ma tête les moindres détails de la rencontre de cet après-midi. J’avais levé les yeux et mon regard avait croisé le sien pour une microseconde. M’avait-il remarqué? Se souviendrait-il de moi ? Et ensuite quand je m’étais retourné malgré moi pour jeter un coup d’œil furtif à son postérieur, avait-il remarqué quelque chose de louche dans mon attitude. Il était bien habillé, un fils de riche sans doute.


La folie n’est-elle pas une fixation de l’esprit au détriment des autres activités cérébrales? Alors j’étais fou, sans l’ombre d’un doute. Fou d’amour. Il était devenu mon obsession, ma raison de vivre, mon seul repère. Connaissez-vous l’expression ‘’ voir quelqu’un dans sa soupe’’ ? Les jours suivants, je le voyais partout, je le cherchais partout. De rêveries anodines mes pensées se muèrent en fantasmes charnels puis en délires érotiques carrément cochons qui se mirent à souiller mon esprit et provoquer des réactions visibles sur les zones érectiles de mon corps. Je vous fais grâce des scènes dans les douches, témoins silencieux de mon ardeur à prendre les choses en main. Mais au cours des semaines, l’effet se dissipa. J’en vins à croire que j’avais été victime d’une vision. Il avait disparu. Il fallait bien revenir à la réalité, aux études, au traintrain quotidien avec ses emmerdements. Mon compte en banque souffrait de malnutrition chronique et j’avais quasiment épuisé le peu d’argent amassé au cours des vacances d’été. Peu importe, j’irais au cinéma ce soir. Merde, il faut bien se divertir un peu, se changer les idées! Mais pour l’instant je devais retrouver la pièce de monnaie que j’avais échappée par terre dans la cantine du collège. Elle avait roulé sous une machine distributrice. À quatre pattes sur le plancher, je pensais bien être seul.
-- Tu cherches quelque chose?
Je fus étonné d’entendre une voix mais je poursuivis mes recherches en répondant distraitement comme si je me parlais tout seul.
-- Oui, j’ai échappé une pièce de monnaie. J’en ai vraiment besoin.
Puis les mots ont bloqué dans ma gorge, je suis resté bouche bée, paralysé. C’était LUI ! Il me regardait avec un sourire perplexe. Je devais m’extirper de mon abrutissement, et vite, au risque de passer pour un crétin. Le sang se remit enfin à circuler dans mon cerveau.
--- Si tu travailles pour le ministère du revenu, tu tombes bien. Il me faut quelqu’un avec les doigts longs.
C’était pas fort, mais ç’a marché. Il a souri de toutes ses dents. Dieu le beau sourire! À en remuer la queue!
--- Tu veux m’aider? Je vais incliner la machine et tu ramasses ma pièce. D’accord?
--- Voilà, je l’ai, dit-il, en me remettant la pièce de monnaie.

--- Merci, répondis-je un peu gêné. Je ne suis pas très riche. Tout à l’heure je veux aller au cinéma et je compte tous mes sous. Grâce à toi, je vais pouvoir me payer un soda et du pop-corn, maintenant.

--- Quel film tu vas voir ?

--- L’incompris. On m’a dit que c’est un peu triste mais j’ai vu les autres films qui passent au cinéma.

--- J’y vais aussi voir ce film tout à l’heure. Je ne l’ai pas vu encore. Salut, fit-il en poursuivant son chemin.
J’entendis les mots sortir de ma bouche comme si quelqu’un avait parlé à ma place : ‘’ Si tu y vas tout seul, on pourrait y aller ensemble.’’ Puis je me repris aussitôt d’une voix posée en dépit de mon visage écarlate, ‘’ Seulement si ça te va, bien sûr. Je m’appelle Lucas.’’
-- Ok, je vais t’attendre à la sortie. Dans une demi-heure, d’accord ? Et il partit en me saluant de la main.
Wow! Ça te fout la trouille au cul. J’avais presque peur maintenant. Je restai planté sur place à rejouer sa dernière phrase. J’avais bien compris : dans une demi-heure, à la sortie. Alors je déguerpis comme une balle. Il fallait me changer, me laver, me faire beau. J’avais des frissons sur tout le corps. Mon premier rendez-vous! Il s’appelait Nathan. Le plus beau prénom au monde!

***

Avec Nathan assis à mes côtés, j’aurais écouté un reportage sur les poignées de porte et j’aurais trouvé ça fantastique. Sa seule présence annulait tous les soucis du passé. La vie commençait aujourd’hui sous un ciel magnifique, un ciel de la couleur de ses yeux. Tout le long du film j’avais le sentiment de flotter dans une bulle. À certains passages du film je sentais un motton dans ma gorge, surtout que je nous transposais dans la peau des acteurs. Nathan tenait le rôle du garçon à l’agonie et moi, le père éploré, je lui disais combien je l’aimais. Mais que le temps passe vite dans une bulle! On était déjà à la sortie du cinéma à échanger des commentaires. On devait se quitter maintenant. Je n’avais plus un sou en poche.

--- C’est gentil de m’avoir accompagné, lui dis-je. Ça ne me tentait pas de venir tout seul. Mais là, il faut que je retourne au collège finir un travail. J’ai pris du retard dans mes devoirs.

Je mentais. J’aurais voulu rester avec lui, aller au restaurant, boire un soda, manger une frite, remplir ma mémoire de son visage, de son odeur. Et quoi encore ? J’aurais voulu lui faire l’amour, le couvrir de baisers. J’en bavais à un point tel que j’avais mal aux couilles. Bonne idée la mode des T-shirts extra longs! Ça cachait la bosse dans mon pantalon. J’avais la queue dure comme du bois franc. Mais aucun de mes fantasmes ne se produirait ce soir. Je le savais. Il y a bien loin de la coupe aux lèvres. Il aimait sans doute les filles comme la majorité des garçons mais je ne voulais pas le savoir, pas tout de suite. L’ignorance nous permet d’alimenter nos illusions, de fabriquer nos rêves sur mesure et de les croire possibles. Le choc d’un rejet à ce moment-ci aurait éclaté mon cœur comme du cristal. J’avais besoin du rêve pour un temps encore.

Je ne le revis pas de toute la semaine qui suivit. J’apprenais à gérer le supplice de son absence, à réduire mes attentes, à me préparer au pire. Pensait-il à moi? Avait-il deviné mes désirs par les éclairs dans mes yeux? Et si c’était le cas, m’éviterait-il comme un pestiféré? Ce soir-là, au cinéma, j’avais appuyé mon genou contre le sien pour trois brèves secondes. Je n’aurais pas dû, peut-être ! Ça me rappelait le petit écureuil que j’avais apprivoisé au cours de l’été. Chaque jour il venait plus près mais je ne devais pas bouger sinon il décampait comme un coup de vent. J’avais bougé trop vite avec Nathan. J’aurais dû prendre le temps de l’apprivoiser. Pourtant, il n’avait pas éloigné sa jambe!

On en était à samedi. La nature nous gratifiait d’un soleil époustouflant pour un milieu d’octobre. On se serait cru en pleine canicule de juillet. La plupart des internes retournaient chez eux en fin de semaine mais moi, je restais au collège. Je tuais le temps à faire du sport. En fait, au milieu de ce bel après-midi, je me pratiquais au javelot sur le terrain de jeu. Ce terrain se terminait au bas d’une colline rocailleuse qu’on nommait ‘’le cap’’ et qui séparait le collège du secteur nord de la ville. Plusieurs externes empruntaient ce raccourci pour se rendre en classe. Je vis quelqu’un descendre le sentier sur le flanc de la colline. Je reconnus tout de suite la démarche de Nathan.

--- Mais dis donc, tu t’es égaré? Qu’est-ce que tu viens faire au collège un samedi?

Je n’allais pas m’imaginer qu’il venait exprès pour me voir mais je frétillais de satisfaction peu importe la raison de sa visite.

--- J’ai oublié mon cartable dans mon casier, dit-il en me saluant d’un sourire.

Je laissai tomber le javelot et le suivit à l’intérieur du collège

---Si tu avais le temps, on pourrait jouer une partie d’échec. Je me sens en forme aujourd’hui pour te battre à plates coutures. On n’a pas eu le temps de jaser beaucoup la dernière fois. T’as vraiment un beau T-shirt.

Il portait un pantalon beige en tissu léger avec des poches un peu partout. La taille lui seyait à merveille, suffisamment serrée pour révéler des formes et suffisamment ample pour enflammer l’imagination. À travers son T-shirt à larges mailles, je devinais les détails de son torse élancé, la peau ferme de sa poitrine, le galbe de ses épaules. Il m’avait dit aimer les échecs. J’espérais qu’il accepte mon offre.

On s’installa à une table de la cantine pour jouer. Assis en face de moi, j’eus enfin le loisir de le regarder à ma guise, en prenant soin de ne pas le dévisager. J’utilisais tout mon inventaire d’humour pour me rendre intéressant. Mais je marquais des points; il avait l’air de se plaire en ma compagnie. Je parvins même à le faire rire une fois ou deux. On se découvrait des affinités, des atomes crochus. On parlait déjà d’activités qu’on pourrait faire ensemble à l’avenir. J’appris aussi qu’il avait quinze ans. Je le trouvais tellement beau avec ses grands yeux vifs et son nez retroussé. La perfection de sa peau lui donnait un effet de transparence. Ça rappelait la texture fragile des choses qu’il ne faut pas toucher : les pétales des fleurs, les ailes des papillons. Je lui demandai s’il restait bien loin du collège.

---Ça te prend combien de temps à te rendre chez vous?

--- Quand il fait beau, je prends le raccourci par le cap. Ça me prend 10 minutes.

Il avança un pion sur l’échiquier en fronçant ses larges sourcils, puis la conversation prit une tournure des plus inusitées. Nathan me regardait d’un air tout à fait sérieux.

---Si tu voyais deux gars en train de se sucer, tu ferais quoi?

--- Je n’en ai aucune idée, répondis-je, étonné. Pourquoi tu me demandes ça?

--- Tout à l’heure en traversant le cap, il y avait une tente d’installée pas loin du sentier. J’ai vu un gars en train d’en sucer un autre. Ils faisaient ça en plein air. J’ai fait semblant de ne pas les voir.

-- J’aurais sans doute fait pareil. Est-ce qu’ils t’ont vu?

---Je ne pense pas. Ils avaient l’air trop occupés.

Nathan tâtonna quelques pièces du jeu sans les déplacer. Il hésita un peu puis me posa la question avec une telle candeur que je faillis m’étouffer.

---Toi, le ferais-tu avec un gars?

Je n’avais pas prévu un tel scénario. Son indiscrétion sabotait tous mes plans de séduction. Je ne savais plus sur quel pied danser. Je ne pouvais pas dire oui et je ne devais pas dire non.

--- Ça dépendrait avec qui, je suppose. Tiens, échec au roi. Ça t’apprendra à essayer de briser ma concentration.

Je m’en sortais assez bien. Je tentai de changer le sujet mais Nathan revint aussitôt à la charge.

--- Et avec moi, tu le ferais?

Il avait posé la question sans lever les yeux, en déplaçant un chevalier pour contrer mon attaque. J’avais soudain l’impression de marcher sur une corde raide au-dessus d’un précipice. Un faux pas et c’est le vide.

---Comment savoir? On n’a pas de tente!

Je bougeai une autre pièce.

---Échec et mat, dit-il.

---Hein. D’où il sort celui-là? Ça alors, je n’ai rien vu venir. As-tu pris des leçons de Kasparov ou quoi ?

Il sourit, fier de son coup mais il n’en démordait pas. Il avait une idée bien en tête.

--- Je sais où je peux en trouver une… une tente.

Il avait dit ça d’un air espiègle en me regardant en coin comme un gamin qui veut quelque chose sans oser le demander. En même temps, il avait appuyé son genou contre le mien. Mon cœur se mit à battre à tout rompre comme un engin détraqué. J’hallucinais ou quoi? Hier encore je doutais même de jamais le revoir et voilà que l’agneau se livrait de son gré dans la gueule du loup. Je l’aurais bouffé tout crû, là, tout de suite. La rage de mon désir rendait tout délai insupportable. Je le voulais maintenant. Ma voix se brisait sous le poids de l’émotion qui comprimait ma gorge.

--- On pourrait monter à ma chambre. Tout le monde est parti.


La suite est trop cochonne pour vos oreilles puritaines. Je la garde privée.
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