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Il suffirait de presque rien...1

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Message  microbius2 le Ven 20 Aoû - 23:37

Il suffirait de presque rien…1


Rien à signaler de bien important dans ma vie. À vrai dire, je suis l’ homme invisible. Je pars travailler à sept heures le matin, je rentre chez moi à 5 :15 pm., je popote quelque chose à bouffer, je regarde la télévision et ensuite je me couche. Le lendemain… idem! Arrive enfin le vendredi, le boulot est fini et pour me récompenser de ma bonne conduite, je me paie un repas au restaurant. D’habitude je choisis le restaurant ‘’chez Jo’’ avec ses poutres rustiques et le gros foyer qui pétille. J’aime l’ambiance paisible et son côté retro avec un gros juke-box Wurlitzer 1050, une pièce de collection authentique qui trône dans un coin. Je dévore une de leurs spécialités, un ‘’corn beef sandwich’’ avec beaucoup de moutarde. J’aurai des brûlements d’estomac dans la soirée mais tant pis, je m’empiffre quand même comme un cochon.

C’est la routine, quoi! Mais la routine m’arrange bien depuis un bout de temps. Personne ne me demande où je vais, d’où je viens, quand je reviendrai, et patati et patata. La parole est inutile quand on est seul. Car je suis seul depuis que mon dernier amant a trouvé quelqu’un qui baisait mieux que moi. Je ne tiens pas tellement à en parler. De toute façon ce n’était pas le grand amour mais plutôt un arrangement temporaire qui a éclaté à cause de son penchant pour les partouzes. À chacun ses goûts mais moi je ne fais pas dans le sexe sportif. J’ai été quand même un gentleman. Je lui ai dit poliment que je ne tenais pas à devenir un client régulier des pharmacies et que par conséquent nous ne partagerions plus le même lit. Il a déménagé.

En fin de compte, la routine permet de prendre du recul, de remettre un peu d’ordre dans sa vie, de faire le ménage. J’en étais venu à apprécier ce sentiment de stabilité que vous offre une vie sans surprise. Je me sentais inébranlable, maître de mon destin et de mes sentiments. J’étais devenu un être solide, ordonné, confortable dans ses petites habitudes. En somme. j’avais décidé de laisser les grandes émotions pour la jeunesse.

Sauf que je me berçais d’illusions ! Un jour, sans avertissement, il est apparu celui qui bouleverse l’ordre des choses. C’est arrivé à ce même restaurant, un vendredi que je m’empiffrais encore avec un ‘’corn beef ’’. En fait, je venais juste de mordre à belles dents dans le sandwich au bœuf quand je l’ai vu…et que lui aussi m’a vu. Il m’a vu alors que j’avais les bajoues gonflées de nourriture, l’air stupéfait comme si je venais de recevoir un coup de pied dans le cul. J’ai dû lui sembler d’un cochon qui venait de subir une décharge électrique, la gueule encore pleine de moulée. J’ai essayé de baisser les yeux mais c’était impossible. Il m’a regardé avec un petit sourire, le sourire ingénu d’un adolescent. En fait, il ne faut pas s’en surprendre… c’était un adolescent, un môme ensorcelant avec ce genre de regard désarmé qui quémande l’affection. Le proprio l’avait engagé pour laver la vaisselle dans la cuisine les fins de semaine. Sacrebleu qu’il était beau!

Par le temps que je me remette à mastiquer, il était retourné dans la cuisine. Je repris peu à peu le contrôle de mes facultés avec la nette impression d’avoir reçu un coup de bâton sur la tête. ‘’Mais qu’est-ce qui me prend, voyons ? Il a quinze ans, seize ans au max et je frôle la quarantaine. J’aurais l’air d’un beau pédé. ‘’ Voilà donc ce qui sommeillait sous les eaux calmes de ma routine et n’attendait qu’une occasion de se manifester. Le démon du midi, version scoute ! Un retour à l’adolescence! Et un retour en grande pompe, je vous l’assure. Je suis certain que le sang dans mes veines a changé de direction. J’avais beau essayer de me ressaisir, toute résistance était vaine. Mon esprit s’engouffrait dans une logique irréversible. Tous les arguments du monde n’y pouvaient rien. J’étais envoûté, perdu. Et le maudit Juke-box qui me narguait avec la tune de Reggiani

Il suffirait de presque rien
Pourtant personne tu le sais bien
Ne repasse par sa jeunesse.


Oui, oui je sais, monsieur Reggiani. Pas besoin d’enfoncer le clou. Je sais que le temps ne pardonne pas et que l’amour, si fort soit-il, n’a pas le pouvoir de reculer l’horloge. Je sais que je devrais décamper, fermer les yeux et oublier que j’ai vu un ange. Mais c’est peine perdue, je suis foutu déjà ! Aussi sûrement qu’il y a du riz en Chine, je ne m’en sortirai pas indemne. Je ne vaux pas mieux qu’ un porc-épic au milieu de l’autoroute à l’heure de pointe! Car les anges vous font mal quand ont les voit, un mal qui arrache le cœur.

Mais si seulement je pouvais le voir encore une fois, même si j’ai mal… juste une fois avant de partir. J’emplirais mes yeux de son image et plus tard, dans la solitude de ma routine, je me ferais accroire des choses impossibles. J’inventerais qu’il accoure dans mes bras. Il verrait bien que je l’aime quand je le serre contre moi. J’inventerais pour lui des mondes inconnus, des nuages de laine, des lunes de cristal. Je bâtirais un château de velours au pied d’un arc-en-ciel en pétales de roses. J’inventerais des mots pour lui parler d’amour. Il verrait bien que je l’aime. Alors je poserais ma bouche sur ses lèvres…

La musique s’est arrêtée! Je prends une dernière gorgée de mon café froid. Je marche vers la sortie d’un pas lourd. On dirait que je traîne un boulet. Je jette un dernier regard en arrière. Non, le temps ne s’arrêtera pas pour moi. Tout à l’heure c’était l’été, maintenant c’est l’hiver. J’ai passé pourtant si près de croire au bonheur. Il suffisait de presque rien…

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